Squat d'un logement : le commissaire de justice, un acteur clé pour faire valoir vos droits
- 15 avr.
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Dernière mise à jour : 22 avr.
Lorsqu’un propriétaire découvre qu’un logement est occupé sans droit ni titre, le sentiment d’impuissance est souvent immédiat.
Dans un contexte où les affaires de squat suscitent une forte attention médiatique, beaucoup de particuliers s’interrogent sur les démarches à engager, sur les délais, mais aussi sur le professionnel capable de sécuriser la procédure dès les premières heures.
C’est précisément dans ce type de situation que le commissaire de justice occupe une place essentielle.
Anciennement huissier de justice, le commissaire de justice est un officier public et ministériel. Il intervient notamment pour signifier des actes, exécuter les décisions de justice et établir des constats.
En matière d’occupation illicite, son intervention permet d’éviter les erreurs, de préserver les preuves et d’orienter le propriétaire vers la bonne voie procédurale selon la nature du bien concerné et les circonstances de l’entrée dans les lieux.

Squat, occupation illicite, maintien dans les lieux : de quoi parle-t-on exactement ?
Dans le langage courant, le mot squat est souvent utilisé pour désigner toute occupation irrégulière. En pratique, les situations doivent être distinguées avec soin. Il peut s’agir d’une introduction dans un logement à l’aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte.
Le code pénal réprime cette introduction dans le domicile d’autrui. Il peut aussi s’agir d’occupants sans droit ni titre qu’il faut faire expulser par la voie judiciaire lorsque la procédure administrative spéciale n’est pas applicable.
Cette distinction est décisive, car elle conditionne la stratégie à mettre en œuvre. Tous les dossiers ne relèvent pas automatiquement de la même procédure.
Un local vacant, une résidence principale, une résidence secondaire ou un bien occupé après rupture d’un titre juridique ne seront pas traités exactement de la même manière. C’est aussi pour cela qu’un premier diagnostic sérieux est indispensable avant toute action.
Pourquoi il ne faut jamais agir seul ?
Face à un squat, la tentation peut être grande de changer les serrures, de couper les fluides ou d’entrer de force dans le bien.
Ce réflexe est pourtant dangereux sur le plan juridique.
Une procédure mal engagée, des preuves insuffisantes ou des démarches improvisées peuvent retarder la récupération du logement et fragiliser la position du propriétaire.
Le rôle du commissaire de justice est justement d’apporter un cadre, une méthode et une sécurité.
Son intervention permet de matérialiser la situation de fait, d’identifier les éléments de preuve disponibles et d’enclencher des démarches conformes au droit.
En matière d’expulsion, le commissaire de justice est d’ailleurs le professionnel légalement habilité à intervenir dans l’exécution forcée des décisions.
Le premier rôle du commissaire de justice : établir la preuve
Dans un dossier de squat, la preuve est le point de départ de tout.
Il faut démontrer que le bien vous appartient ou que vous y disposez d’un droit, mais aussi prouver qu’il est effectivement occupé de manière illicite.
Les documents de propriété, avis d’imposition, contrats, factures ou attestations peuvent être utiles, mais ils ne suffisent pas toujours à eux seuls.
Le constat dressé par le commissaire de justice constitue alors une pièce particulièrement précieuse.
Il permet d’objectiver la situation, de dater les faits, de relever l’état apparent des lieux et de consigner des éléments matériels utiles pour la suite.
Le ministère de l’Intérieur recommande d’ailleurs de faire appel à un commissaire de justice pour dresser ce constat en cas de logement squatté.
Accompagner le propriétaire dans la procédure adaptée
Depuis les réformes récentes, la loi permet, dans certains cas de squat de locaux à usage d’habitation, de mettre en œuvre une procédure administrative d’évacuation forcée.
Cette voie repose notamment sur une mise en demeure adressée par le préfet, puis sur une évacuation sans délai si cette mise en demeure n’est pas respectée.
Une circulaire du 2 mai 2024 est venue préciser les modalités de cette procédure.
Le commissaire de justice peut assister le propriétaire pour constituer le dossier, formaliser la situation et présenter des éléments probants utiles à l’administration. Son rôle est alors stratégique : il ne se limite pas à un simple constat, il aide à rendre le dossier solide, lisible et exploitable.
Lorsque la voie administrative n’est pas ouverte ou ne peut aboutir, la voie judiciaire reprend toute son importance. Le commissaire de justice intervient alors pour signifier les actes, faire délivrer les convocations nécessaires et, une fois la décision obtenue, mettre en œuvre les étapes d’exécution prévues par les textes.
Le commissaire de justice dans la phase d'expulsion
L’expulsion d’un occupant sans droit ni titre ne s’improvise pas. Sauf disposition spéciale, elle suppose en principe une décision de justice ou un procès-verbal exécutoire, puis la signification d’un commandement d’avoir à libérer les lieux. C’est dans cette mécanique que le commissaire de justice intervient au cœur de la procédure.
Concrètement, il est chargé des significations, du commandement de quitter les lieux et, le cas échéant, des diligences liées à l’exécution forcée.
Son intervention garantit le respect du formalisme et des droits de chacune des parties.
La Chambre nationale des commissaires de justice rappelle d’ailleurs que le recours à ce professionnel est obligatoire en matière d’expulsion.
La trêve hivernale protège-elle les squatteurs ?
C’est une question fréquente, souvent nourrie par des informations partielles.
En droit français, la trêve hivernale s’étend du 1er novembre au 31 mars. Toutefois, Service-Public précise qu’elle ne s’applique pas aux squatteurs occupant un logement. Autrement dit, cette période ne constitue pas, à elle seule, un bouclier pour l’occupation illicite.
Cela ne signifie pas pour autant que chaque situation se résout instantanément. Là encore, la bonne qualification des faits et la maîtrise de la procédure restent déterminantes. Un accompagnement rigoureux dès l’origine permet souvent d’éviter des délais supplémentaires.
Un rôle qui dépasse la seule expulsion
Le commissaire de justice n’intervient pas seulement pour faire partir des occupants. Son action s’inscrit aussi dans une logique de sécurisation globale du dossier.
Il peut préserver des preuves, constater des dégradations, chiffrer certains éléments utiles à une future demande indemnitaire et documenter précisément la situation du bien au moment où l’occupation illicite est révélée.
C’est un point souvent sous-estimé. Dans les dossiers sensibles, la rapidité d’action doit s’accompagner d’une vraie rigueur probatoire.
Plus le dossier est documenté tôt, plus la stratégie est claire et plus la défense des intérêts du propriétaire gagne en efficacité.
En cas de squat, le bon réflexe reste d'agir vite et avec méthode
Lorsqu’un squat est suspecté ou constaté, chaque journée compte. Plus la réaction est tardive, plus la situation peut se complexifier.
Le réflexe utile n’est pas de tenter une reprise des lieux par ses propres moyens, mais de faire constater la situation, de réunir les justificatifs disponibles et de se faire accompagner sans attendre.
Le commissaire de justice joue alors un rôle pivot. Il apporte la preuve, la lisibilité procédurale et la sécurité juridique indispensables dans un contentieux où l’émotion et l’urgence peuvent conduire à de mauvaises décisions.
Dans un contexte d’actualité où la protection du domicile et la lutte contre l’occupation illicite demeurent des sujets très suivis, son intervention est souvent le point de départ d’une réponse efficace et juridiquement sécurisée.



